Trek de la Travesía Nahuel Huapi
Après le départ de Laure et Nico, on avait encore envie de profiter un peu de la belle région de Bariloche et surtout d'aller faire un tour dans les montagnes juste au dessus de nous.
Après s'être renseignés auprès de l'office du tourisme et de l'office du Parque Nacional Nahuel Huapi nous prévoyons donc de réaliser la Travesía Nahuel Huapi en cinq jours.
Seul un petit doute subsistait : notre capacité à faire l'étape du jour 3, puisqu'un passage techniquement assez difficile était annoncé. L'office du tourisme déconseille de le faire sans guide mais les guides du Parc National assurent que cela peut se faire seul pour qui a un peu d'expérience en montagne et pas trop d'appréhension pour escalader un peu. Il s'agit d'un mur de 40m à passer en escalade de niveau 3 (soit très facile pour de l'escalade ou très difficile pour de la randonnée). Et potentiellement, on pourrait aussi avoir de la neige sur une partie du sentier. Dit comme ça, ça ne nous semble pas insurmontable, bien qu'on parte avec nos gros sacs à dos qui risquent de nous déséquilibrer, mais on verra sur place avec le gardien du refuge à proximité.
Et si on ne le sent pas, on a une autre option pour rejoindre Bariloche, donc pas d'inquiétude.
L'avantage de ce trekking c'est qu'on rejoint un refuge tous les soirs. Bien qu'enfoncés dans les montagnes, on reste donc à proximité de structures en cas de difficultés.
Pour autant, on n'a pas réservé de nuit en refuge, on embarque la tente !
Jour 1 : Cerro Catedral - Laguna Toncek
Départ du camping de Bariloche vers 7h, on sait que la première étape qui nous attend c'est de prendre le bus jusqu'au bas du Cerro Catedral. Et c'est déjà une étape en soit puisqu'on a pu constater que le réseau de bus de la ville est largement sous-estimé dans cette période de très haute saison. Heureusement, à cette heure-ci pas de problème particulier et on rejoint le début de la randonnée sans difficulté.C'est parti pour 4h de marche jusqu'à la Laguna Toncek et le refuge Frey. Cette portion est très empruntée et on croise donc beaucoup de monde, famille, colonies... ça circule !
On arrive finalement après 3h30 de montée et la vue est superbe sur la lagune et les montagnes acérées qui l'encerclent, on comprend que tant de monde ait envie d'en profiter.
On pose les sacs sur l'emplacement de camping et on file s'installer au bord du lac pour pique-niquer. Il fait tellement beau et chaud qu'on ne se prive pas de petites baignades dans l'eau de la lagune pour se rafraîchir ! On passera l'après-midi à farnienter au bord de la lagune, se baigner, lire mais aussi observer les grimpeurs qui sont à l'oeuvre juste au dessus de nous. En effet, le Cerro Catedral est l'un des principaux spots d'escalade de la région et on a donc le droit à de belles démonstrations juste au dessus de nos têtes ! Comme nos voisins de tentes sont un couple de grimpeurs germano-américains, on aura l'occasion de discuter un peu avec eux de ce sport qui est assez fascinant à regarder.
On profite de la vue jusqu'au dernier rayon de soleil avant d'aller passer une bonne nuit à l'abri du vent.
Jour 2 : Laguna Toncek - Laguna Jakob
Réveil assez matinal pour profiter des lumières du lever du soleil sur les montagnes rougeoyantes qui nous entourent. Le spectacle vaut bien un petit réveil de bonne heure !On prend ensuite la route de notre seconde étape. Après avoir longé la lagune, on attaque le vif du sujet, une première pente bien raide : pas la peine de garder les bâtons, il faut s'aider des mains. On fait la route avec un couple de suisses soixantenaires dont le mari a le vertige... Pas facile dans ces conditions et il est bien content d'avoir Thibaut pour lui indiquer le chemin le plus simple à emprunter au milieu de ces gros rochers.
On atteint une première lagune, puis, c'est reparti, seconde partie raide au milieu des rochers... on n'est pas censés escalader aujourd'hui !! Ça nous rassure déjà moyennement pour l'étape du lendemain... on sent qu'avec les lourds sacs à dos il faut être vigilants dans nos mouvements, on est plus rapidement déséquilibrés et c'est également bien plus fatiguant !
Finalement, après 30 min supplémentaires, nous voilà au col. La vue est superbe ça valait le coup.
Les suisses bifurquent à cet endroit pour redescendre vers Bariloche, c'est donc ici que nos chemins se séparent.
On achève cette descente dans le lit de la rivière asséchée et là c'est nettement moins fun... Alors oui, le lit de la rivière c'est praticable, mais de là à dire que c'est un sentier... c'est une fâcheuse habitude qu'ont les argentins visiblement !
On arrive tant bien que mal au fond de la vallée et on profite d'une portion plane, au milieu de la forêt. Aussi bien côté température que confort des genoux, ça fait un bien fou ! On y rencontre deux françaises, grenobloises, qui ont coupé la première étape mais qui ont prévu de faire la fin du parcours comme nous. On les croisera à plusieurs reprises dans les jours qui viennent.
Petit pique-nique à l'ombre des arbres avant de rejoindre la fournaise pour la dernière montée. Décidément, la météo est vraiment différente d'une semaine à l'autre dans cette région ! Après la fraîcheur en compagnie de Laure et Nico, nous revoilà en plein été.
Fin de la montée, et comme à de nombreuses reprises sur ce trek, le passage du col se ponctue par un "wouhahou" ! Vue plongeante sur la laguna Jakob et sur les montagnes qui l'entourent. Les crêtes enneigées contrastent avec le noir de leur roche et le bleu du ciel, ça crée un effet surréaliste !
On a hâte de descendre mais, si les montées sont sportives, les descentes ne sont pas des parties de plaisir pour autant ! Encore un pierrier et un lit de rivière asséchée...
C'est donc bien fatigués qu'on rejoint le refuge après 6h de marche. On prend directement les informations auprès du gardien du refuge concernant l'étape du lendemain. Il nous confirme que ça passe et estime qu'on devrait mettre à peu près 8h pour rejoindre le refuge Italia de la Laguna Negra. Ce n'est pas tant sur la partie escalade qu'il nous met en alerte mais surtout sur la durée de cette étape, qui la rend très difficile. OK, nous voilà convaincus, demain on s'y essaye en partant de bonne heure. Les deux françaises seront aussi de la partie, tout comme Loïc un autre français rencontré en chemin.
On profite de la fin d'après-midi pour se baigner dans la lagune et profiter du soleil dans ce cadre idyllique. On a une jolie vue sur la partie qui nous attend demain et, en effet, on se demande par où on va passer... On a juste l'impression d'être face à un immense rocher.
On ne tarde pas trop pour dîner, demain on partira au lever du jour pour être sûr d'avoir tout le temps pour cette fameuse étape.
Jour 3 : Laguna Jakob - Laguna Negra
On replie la tente à la lueur de la frontale puis on prend le chemin, on est les premiers des 3 "groupes" prévus.On rejoint rapidement la partie d'escalade, après 40 min de marche tranquille (parfait pour s'échauffer et finir de se réveiller). Petite pause fruits secs puis on attaque. Ça passe bien, il y a de bonnes prises, on est prudents et on arrive finalement sans encombre à la fin des 40m de ce mur. On est soulagés, on n'arrêtera pas ici cette jolie boucle.
On poursuit l'ascension dans un pierrier, pas simple de trouver son chemin mais on rejoint finalement le col dans les temps. On est également soulagés de voir qu'il n'y a pas de neige qui nous attend sur cette partie, on devrait donc pouvoir progresser sans difficulté... Sauf qu'il s'agit encore d'un immense pierrier de ce côté, les blocs sont un peu moins gros et un peu moins stables donc on progresse un peu moins rapidement. On perd le sentier de vue mais on le voit reprendre de l'autre côté du pierrier donc on sait grosso-modo où on doit atterrir. On fait comme on peut pour le rejoindre, tout en allant lentement et en essayant de s'agripper aux rochers pour garder l'équilibre. Encore une journée où les bâtons vont passer du temps accrochés au sac à dos !
On arrive enfin au sommet de la rando du jour : le Cerro Navidad. Encore Wouhahou ! On a une vue à 360° sur les sommets aux alentours dont le Cerro Tronador, l'un des plus hauts de la région, et même le volcan Lanín de l'autre côté. On aperçoit aussi les volcans chiliens au loin, dont l'Osorno.
Enfin, on découvre la Laguna Negra, objectif du jour. Encore une jolie descente qui nous attend !
Le pierrier est sympa au départ, on descend en glissant en un rien de temps. Puis on rejoint un névé et cette fois on passe en mode "luge", en utilisant les protections de nos sacs à dos pour ne pas finir trempés. On est rarement descendus aussi vite ces derniers jours !
Pour la fin de la descente, on rejoint un traditionnel lit de rivière... mais pas du tout asséché cette fois-ci ! Au contraire, c'est le névé qui fond sur le chemin. On progresse donc très lentement, c'est raide et ça glisse. Quand ça devient moins raide, on marche cette fois dans des champs à moitié inondés, c'est boueux et on ne progresse pas forcément plus vite. Puis, on marche de nouveau à côté du ruisseau qu'on doit croiser à de nombreuses reprises... C'est n'est donc pas de tout repos cette descente et on est presque contents de retrouver une montée pour rejoindre la Laguna Negra. D'autant plus que le chemin est en terre, il fait des lacets, il est à l'ombre : presque le rêve !
Dernier coup de collier, on donne tout dans la dernière montée, et on rejoint enfin notre point d'arrivée après une journée de 9h de marche ! Petit accueil de la gardienne de refuge : "vous vous êtes perdus ?" bien sympa ! :-D
Mais finalement on n'a pas mis plus de temps que Loïc et les 2 françaises, qui nous rejoignent peu de temps après... La gardienne achève de nous motiver en nous disant que le lendemain on en a encore pour 6h et que ça n'est pas plus facile que cette étape n°3 tant redoutée !
N'y pensons pas tout de suite, on commence la fin d'après-midi par une petite baignade dans une eau glacée et en profitant des dernières heures du soleil. Puis on déguste une petite bière locale, brassée à base d'eau de la lagune, on l'a bien méritée !
Jour 4 : Laguna Negra - Refugio Lopez
Dernier grosse journée de rando jusqu'au refugio Lopez qui surplombe l'immense lac Nahuel Huapi, qui a donné son nom au Parc.On commence par contourner la lagune puis, schéma classique : on monte dans un pierrier puis on redescend de l'autre côté. En face de nous, on voit déjà ce qui nous attend pour la suite : une immense montée dans des pierres, très pentue, et on distingue à peine le sentier... plus ou moins tout droit au milieu du pierrier. Ça ne s'annonce pas franchement comme une partie de plaisir !
Arrivés en bas de la vallée, en effet c'est impressionnant, mais le chemin est plus ou moins balisé. On commence au milieu des gros blocs, bien stables et assez praticables. Puis, la pente s'accentue, on rejoint un des bords du pierrier et on essaye plutôt d'escalader sur le long des parois. On progresse assez bien mais on aperçoit 4 personnes qui sont sur la descente et qui, eux, sont de l'autre côté du pierrier. En effet, plus de signe du chemin de notre côté, il va falloir traverser. Sauf que c'est franchement pentu (on est obligés de mettre les mains pour s'aider) et ce sont des petites pierres cette fois-ci, qui se dérobent sous nos pieds au moindre pas.
On essaye donc de traverser sans trop redescendre malgré nous mais tout ça devient un peu moins "fun" quand on sent comme des plaques de pierres glisser sous nos pieds mais aussi nos mains. On a un peu la sensation d'être pris dans des "avalanches" de pierres et on est pas très rassurés. D'autant plus qu'en dessous de nous les 2 françaises débutent à leur tour l'ascension. On ne traîne donc pas trop pour traverser et on poursuit notre montée, le long de la seconde paroi en escaladant à moitié. Finalement, après une bonne heure de montée, nous voilà au col avec une superbe vue sur le lac Nahuel Huapi et Bariloche.
Ça valait la peine de fournir tant d'effort !
Il n'empêche, on termine cette dernière ascension fatigués, soulagés mais aussi un peu énervés. Finalement le passage compliqué de cette Travesía ne se sera pas du tout résumé aux 40m d'escalade, on a trouvé cette dernière partie très difficile et même un peu dangereuse. On est un peu surpris de ne pas avoir eu d'avertissement de la part des gardiens du Parc sur la difficulté globale de cette randonnée, et en particulier de ce passage. Les deux françaises sont d'ailleurs d'accord avec nous. Malgré leur expérience, elles aussi trouvent que c'est assez moyen de ne pas avertir les gens ou au moins de leur demander leur niveau d'expérience...
Cependant, on gardera quand même un souvenir mémorable de ces 5 jours. De loin le trek le plus difficile qu'on ait fait jusque là mais aussi certainement le plus beau !
Dernière étape pour nous : rejoindre le refuge Lopez qu'on aperçoit en contre bas. Encore 2h de descente au milieu des rochers et on peut enfin poser la tente et profiter de la fin d'après-midi. Demain, il nous restera 1h30 de descente, le plus dur est fait, il reste à profiter !
Jour 5 : Refugio Lopez - Bariloche
Dernière journée très facile pour clôturer cette jolie boucle qui nous aura quand même un peu laissés sur les rotules ! On descend au milieu de la forêt et on rejoint rapidement la route où on attend un premier bus, puis un second avant de rejoindre notre camping préféré en ayant fait quelques courses auparavant.Pique-nique gargantuesque, petite bière au soleil et sieste bien méritée viendront achever cette journée, la dernière de mes 29 ans ;-)






















Le gout de l’effort : un titre pour ce nouveau chapitre ?
RépondreSupprimerBravo en tout cas ! Ça fait des sacrées journées et peu de répit sur ce parcours tout terrain : névés, gravillons, gros blocs…Que de difficultés pour rejoindre ces magnifiques coins perdus où les lagunes sont comme des miroirs, mais quelle récompense !
Ça mérite un beau cadeau d’anniversaire ;-)
Et les refuges argentins, ils sont comment ?
Annie
On n'a pas passé de nuit dedans mais on n'a pas pu s'empêcher d'aller voir ça de plus près. Ils ont l'air bien similaires aux nôtres, la fiesta des argentins en plus le soir :-D
SupprimerMais quelle epopee !!! Et des descentes a "avoir peur" pour vous !! Heureusement que les vues magnifiques sont la pour vous recompenser de tous vos efforts ,en plus des photos a "couper le souffle" Bravo a vous deux et bonne continuation
RépondreSupprimerMoi qui déteste les pierriers ( mauvais souvenir de jeunesse dans les Dolomites italiennes) j'aurais été servie à votre place !!!!!Mais bon aucune probabilité dans tous les cas que je me sois aventurée sur un trek de ce niveau-là. Vous allez revenir avec des jambes et des fesses en béton !
RépondreSupprimerComme toujours récit et photos magnifiques .
Sophie P.
Quelles machines !! Bravo les fesses en béton
RépondreSupprimerHahaha énorme Nono :D Belle performance en tout cas, j'espère que les glaciers seront moins dangereux mais tout aussi spectaculaires!
RépondreSupprimerPascal je ne fais que reprendre les termes de Sophie :)
RépondreSupprimerAh ça, ils vont être musclés en rentrant, et tout bronzés avec ça !
nono