La Carretera Austral du sud au nord



Le lendemain de notre retour à Puerto Natales après le parc Torres del Paine, une grosse journée de transport nous attendait. Ça faisait longtemps !

Tout d'abord, nous avons pris un premier bus depuis Puerto Natales jusqu'à El Calafate, en Argentine. Une fois arrivés, on réserve direct notre bus suivant pour le soir même, direction Los Antiguos, village argentin situé à 600 km au nord, à deux pas de la frontière avec le Chili.

On profite de notre escale à El Calafate pour apprécier une nouvelle fois les paysages de cette région qu'on trouve sublime...et pour manger nos dernières empanadas argentines et alfajores ! La température a bien baissé en quelques semaines dans cette région : alors qu'on était t-shirt lors de notre premier passage, là on est carrément en doudoune !

Après une escale de 4h à El Calafate, on embarque dans un premier bus direction El Chaltén, dans lequel on profite d'un superbe coucher de soleil sur le Fitzroy, au loin. Il est prévu qu'on change de bus avant de rejoindre El Chaltén, par contre on n'a pas trop compris où... Et c'est bien normal parce qu'on s'arrête au milieu de nulle part. Les deux bus se croisent, se font des appels de phares, s'arrêtent sur le bas côté et c'est là qu'on change de bus, au milieu de la route. Original ! Tous les passagers se demandent ce qu'il se passe lors qu'on descend et qu'on rejoint le second bus déjà quasi plein. Heureusement, il nous reste bien nos 2 places et c'est parti pour las seconde partie du voyage de nuit, direction Los Antiguos.

Arrivés à 6h du matin, on attend tranquillement que le jour se lève. Puis on prend la direction de la frontière, à pied. Ce sont 16km qui nous attendent entre Los Antiguos et Chile Chico, côté chilien ! C'est plat, mais pour la première fois on porte absolument toutes nos affaires. On tente le stop sur le chemin mais il y a peu de traffic à cette heure-là donc on poursuit à pied. Dernier tampon argentin sur le passeport et on reprend notre marche, en compagnie d'un jeune chien très joueur. Il nous occupera pendant une bonne partie du trajet !
Une fois la frontière passée, une navette propose d'emmener les piétons jusqu'à la ville mais le prix annoncé est vraiment démesuré, on préfère continuer à pied.
On rejoint finalement Chile Chico vers 12h, après ce long périple ! La pause café est bien méritée dans ce village très mignon, au bord du lago General Carrera, avec les montagnes enneigées juste en face.




Chile Chico - Puerto Rio Tranquilo

On hésite un instant à passer la nuit à Chile Chico, parce que ça nous plait bien et qu'on est un peu fatigués par le trajet. Mais il est encore tôt et on se motive donc à tenter le stop pour rejoindre la fameuse Carretera Austral, cette mythique route qui parcours tout le sud du Chili au milieu des paysages sublimes de Patagonie.

On a vu deux filles ont tenter le stop avant nous et elles ont finalement abandonné. C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de voitures qui passent... On est assez peu optimistes mais on tente quand même notre chance : il fait beau, on a un "plan B" et toujours le chien qui fait n'importe quoi pour nous divertir !

Après 40 min d'attente, une voiture s'arrête enfin et propose de nous avancer un peu sur le chemin, pas jusqu'à Puerto Rio Tranquilo, qui est notre objectif, mais jusqu'au village juste avant. On embarque donc avec Mauricio, chef d'entreprise, qui parcours la région pour aller voir ses différents chantiers. On profite des superbes paysages de ce coin là avant de rejoindre Puerto Guadal et d'avoir une chance pas possible puisqu'à peine descendus de la première voiture, une seconde voiture nous emmène jusqu'à Puerto Rio Tranquilo ! Cette fois nous sommes en compagnie de deux touristes chiliens de passage dans la région, Mauricio (encore !) et Pilar.





Arrivés à Puerto Rio Tranquilo, on cherche rapidement un hébergement. Le village n'est pas immense est on n'est pas les seuls "mochileros" à chercher. On échange donc les infos avec les autres voyageurs et on finit à l'endroit qui nous semble avoir le meilleur rapport qualité/prix. Bon, pour une fois on n'est pas hyper bien tombés : la mamie chilienne de l'auberge n'est pas hyper agréable, elle gère juste son business, met la TV à fond et ne nous laisse pas utiliser sa cuisine. Pour une nuit ça ira...

Première soirée dans cette région du Chili, ça nous met dans le bain pour la suite : pas moyen de retirer de l'argent, un seul bus par jour et un seul "supermercado" avec quelques produits pour dépanner. Pas franchement de fruits et légumes... On sent que ça ne va pas être de la haute gastronomie ces prochaines semaines, on fera avec les moyens du bord !
Autre problème : il y a plein de choses à voir dans la région mais sans véhicule ça s'annonce compliqué ! Les agences vendent les excursions à prix d'or et le stop n'est déjà pas si évident sur l'axe principal alors en-dehors pour se rendre à un Parc... ça risque d'être encore plus compliqué !
On laisse donc tomber (avec regret) notre idée d'aller voir la Valle de los Exploradores, on reprend la route de la Carretera Austral dès demain !

Puerto Rio Tranquilo - Villa Cerro Castillo

Encore pas mal de chance avec nous ce matin, puisqu'à peine quittée la "mamie chilienne la plus désagréable de l'histoire", on est pris en stop par un guardaparque du parc national de Patagonie et sa fille. Un peu moins loquaces, mais le trajet est efficace puisqu'ils nous déposent directement à Villa Cerro Castillo, après qu'on récupère un cycliste épuisé sur le bord de la route (quelle idée... !).

Cette fois, on a décidé de se poser quelques jours dans le coin. On trouve une auberge hyper sympa, chez une mamie adorable, avec une chambre agréable et un espace commun au top... sans parler de la cuisine géniale ! On va être bien pour quelques jours.
Comme on a repéré une rando de 3-4 jours à faire dans le coin, on va prendre les renseignements mais on est déjà moyennement convaincus : ils annoncent du froid pour les jours qui arrivent (et notamment une nuit à -1°C, ressenti -5°C, ça commence à être limite...). On opte donc pour la randonnée à la journée.
Comme de la pluie est prévue pour le lendemain, on commence par une petite journée de repos... et de cuisine. Au menu : cookies à l'avoine et aux raisins secs (recette un peu adaptée avec les moyens du bord).
On retrouve aussi les deux filles, qui avaient tenté le stop avant nous sans succès, Marie et Naomi, avec qui on sympathise bien. De leur côté, elles ont fait la rando aujourd'hui, et reviennent avec un sac rempli de baies de calafate avec l'idée de faire aussi un gâteau. La fin d'aprèm et assez gourmande et la mamie est ravie de goûter à nos desserts !
D'autres auto-stoppeurs arrivent à l'hospedaje vers 22h, trempés, ils ont vraiment galéré à trouver quelqu'un pour les emmener... Pourvu que la chance reste avec nous !

Le lendemain matin, on part donc à l'assaut du Cerro Castillo, 1100 m de dénivelé positif dans la forêt puis au milieu des arbustes de calafate (qu'on repère pour le retour), et enfin un pierrier. A l'arrivée, une vue superbe sur le sommet, avec ces multiples petites tours (d'où le nom de Cerro Castillo - château), et une lagune d'une couleur bleue qu'on n'avait pas encore vue jusque là !
Vraiment sympa mais il fait un froid glacial au sommet, avec un vent violent, on ne reste pas plus de 10 min ! Et, en effet, on est contents de dormir au chaud cette nuit et de ne pas camper à côté de la lagune...
Sur la descente, arrêt obligatoire vers les calafates. On se régale sur place et on ramène aussi une jolie récolte pour grignoter en dessert du pique-nique et tout l'après-midi. Vraiment excellent comme fruit : proche de la myrtille, plein de vertus... mais qu'est ce que ça tâche ! :-)






Villa Cerro Castillo - Villa Amengual

C'est reparti pour une journée de stop !
Une fois de plus, c'est très calme ce matin sur la route... on patiente bien 1h avant qu'une voiture ne s'arrête et qu'un couple de trentenaires chiliens, avec leur petit garçon de 3ans, Sebastian, ne nous embarque avec eux. On passe par des paysages superbes, au milieu de forêts dont le feuillage commence à changer de couleur avec l'automne. La route passe également au travers d'une zone protégée pour les huemules, des cervidés typiques des Andes, en voix d'extinction. On a la chance d'en voir deux qui traversent la route juste devant nous !
On quitte ensuite la zone montagneuse pour rejoindre des grandes plaines vallonnées, avec les montagnes qui les encerclent. Il fait un temps superbe, on en prend plein les yeux. On aperçoit aussi de nombreux condors qui tournoient au dessus d'un champ, dont un à quelques dizaines de mètres de nous.

Enfin, on rejoint Coyhaique, LA grande ville de la région. C'est ici que le couple nous dépose et on en profite pour retirer de l'argent (il était temps !), et faire quelques courses dans un vrai supermarché.
On reprend ensuite notre attente au bord de la route, où un monsieur bien agréable accepte de nous déposer à 15 km d'ici à un croisement assez fréquenté. En effet, 5 min après nous avoir déposé, on est de nouveau en route avec un couple de trentenaires chiliens, José et Diana, avec leur petite fille, Sami. Ils habitaient à Santiago et ont tout quitté pour acheter un terrain et gérer un camping et refuge près de Villa Amengual. Ils viennent d'y apporter l'électricité grâce à une turbine installée dans la rivière de leur terrain. On discute bien avec eux, et on découvre aussi les classiques de la musique chilienne.
Ils nous déposent en fin de journée à Villa Amengual. Il ne reste plus que 60 km jusqu'à Puyuhapi, notre objectif suivant. On tente donc encore un peu de stop mais c'est calme, très calme. Après avoir vu passer deux voitures en 1h, on laisse tomber pour aujourd'hui, on passera la nuit à Villa Amengual, le plus petit village chilien qu'on ait vu jusque là !
La propriétaire de l'auberge accepte exceptionnellement qu'on utilise sa cuisine (elle fait aussi resto...) et on passera une nuit très fraîche mais ça fera bien l'affaire.

Villa Amengual - Puyuhuapi

On a déjà remarqué que les chiliens n'étaient pas très matinaux, on ne se presse donc pas trop pour rejoindre le bord de la route. Et puis ça nous permet d'acheter du pain amasado juste sorti du four, fait maison, avant de partir. Thibaut part donc en acheter dans le village alors que je continue le stop. Miracle, une voiture passe et s'arrête immédiatement. C'est un taxi mais il n'est pas en service aujourd'hui, il nous rassure donc sur la gratuité du trajet. On embarque donc avec deux grands-parents chiliens et leur petite fille pour une quinzaine de minutes. Ils nous déposeront à l'intersection de deux routes, où on patientera 30min avant d'être pris par un couple de jeunes américains en vacances, Lexi et Brandon, qui feront demi-tour pour venir nous récupérer, sympa !

Avant de rejoindre Puyuhuapi, on fait un arrêt au Parc National Queulat, situé sur le chemin et qu'on avait prévu de visiter depuis la ville. Après avoir laissé les sacs à dos à la consigne du parc, on prend la route du glacier Ventisquero Colgante, suspendu à la montagne.

On progresse à travers une végétation extrêmement dense et humide, on se croirait vraiment dans la jungle, c'est très surprenant ! On profite donc de cette agréable balade pour monter rapidement au point de vue sur le glacier et pique-niquer là-bas. On est un peu loin mais la vue reste sympa, même si on aurait adoré voir un morceau de glace se décrocher sous nos yeux.




Arès avoir récupéré les sacs à dos, on se remet sur le bord de la route pour trouver une voiture qui voudra bien nous emmener à Puyuhuapi et c'est sans difficulté qu'on embarque avec deux chiliens adorables, la quarantaine, qui vont aussi passer la soirée à Puyuhuapi.
Renseignements pris à l'office du tourisme on s'installe dans l'hospedaje situé au dessus du supermercado du village, pratique !
Le village est très très calme en ce dimanche soir, on passera la soirée à regarder un film et à suivre l'actualité entre le Chili et la Bolivie. Cette dernière réclamant une nouvelle fois un accès à la mer auprès du tribunal de La Haye, les chaines d'infos chiliennes tournent en boucle sur le sujet.

Puyuhuapi - Chaitén 

Après un bon petit déj', et après avoir fait le plein de pain chaud, on s'éloigne du village pour se poster un nouvelle fois sur la Carretera Austral et on attend très patiemment qu'une voiture arrive. Une fois de plus, même à 11h, c'est très calme le matin...
On voit finalement arriver au loin une voiture blanche qui nous semble familière... C'est le couple chilien qui nous a déjà déposé à Puyuhuapi hier soir, Nicolas et Gabriella ! Toujours aussi sympathiques, ils s'arrêtent pour nous faire monter à bord. Le trajet est aussi sympa que la veille, c'est vraiment agréable de discuter avec eux !
Ils nous déposent à Villa Santa Lucia, où stationne un mini-bus indiquant "Chaitén". Etant donné le peu de voitures qu'on a croisées sur cette portion, les autres auto-stoppeurs qui attendent en amont sur la route (et seront donc pris avant nous) et le prix raisonnable du billet de bus, on choisit de prendre cette option et de rejoindre Chaitén à son bord. On remercie chaleureusement Nicolas et Gabriella et on embarque.

Le spectacle qui s'offre à nous pour la suite du trajet est particulièrement triste. En effet, le village de Villa Santa Lucia a été victime d'une catastrophe naturelle en décembre dernier. Suite aux fortes précipitations s'étant abattues sur la région pendant deux jours, une partie d'un glacier s'est détachée et a créé une immense coulée de boue qui a tout emporté sur son passage (maison, arbres, route,...). La liaison routière est rétablie depuis peu mais il reste des traces conséquentes de la récente catastrophe : mètres d'épaisseur de terre, maisons ensevelies parmi lesquelles sont distingue les affaires personnelles des habitants, des vélos, des chaises... à glacer le sang.

On quitte ce paysage désolé pour poursuivre notre route vers Chaitén, qu'on rejoindra après 1h30 de bus. Les embruns nous accueillent à l'arrivée, pas de doute on est sur la côte !
Pour le coup, l'office du tourisme est particulièrement inutile dans cette ville. On trouvera donc un logement sans leur aide, un peu par hasard. Il n'a pas l'air officiellement ouvert et du coup on a la cuisine pour nous tout seul... c'est parti pour une soirée crêpes !

Une fois de plus, il semble bien compliqué d'accéder au Parc attenant, le fameux parc Pumalín, créé par le propriétaire des marques The North Face et Esprit. L'agence qu'on va voir ne nous convainc pas et les prévisions météo sont plus que moyennes. Comme on sait qu'on va voir encore beaucoup de parcs nationaux au Chili, on fait finalement l'impasse sur celui-ci.

La suite de la Carretera Austral s'annonce également un peu plus compliquée : il faut prendre deux voire trois ferrys pour la suite du trajet et du coup, assez peu de voitures empruntent cette route. Nicolas et Gabriella, qui remontaient vers Santiago, nous ont d'ailleurs expliqué qu'ils passaient par l'Argentine car c'était à la fois moins cher et moins compliqué. Le stop s'annonce donc difficile et les trajets en bus ne sont pas forcément bon marché.
On décide donc d'arrêter ici notre parcours sur la Carretera Austral et de poursuivre notre route sur l'île de Chiloé, en prenant un bateau le surlendemain.

Entre Chile Chico et Chaitén on aura donc parcouru 575 km, dans la grande majorité en stop (sauf les 80 derniers kilomètres, en bus), ponctués d'arrêt dans des lieux qui nous plaisaient ou qui présentaient un point d'intérêt.
Les paysages nous ont vraiment conquis dans cette zone de la Patagonie chilienne, en particulier dans le sud de la région mais cela aura surtout été une expérience intéressante du fait des rencontres qu'on a faites et des discussions qu'on a pu avoir, avec des chiliens pour la plupart.

Maintenant, direction l'île de Chiloé, avant de retrouver le continent et de poursuivre notre remontée vers Santiago.

Commentaires

  1. Belle ambiance Hitchhickers and Backpackers ! De vrais routards : j'ose à peine imaginer la tête de Thibaut ( cheveux et barbe) dans ce contexte.
    Bisous
    Sophie P.

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  2. Quel chemin parcouru malgré les aleas du stop !!! Toujours stoiques devant les attentes !!! heureusement que vous etes conquis par les rencontres et paysages ... Vous allez revenir avec une foison de souvenirs !!
    bisous Danielle

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  3. Sacré route! il faut vraiment le vouloir....Gros bisous des Zet

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  4. Quel plaisir de vous lire! A bientôt de vous entendre.
    Gros bisous, les grands-parents

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